1 – La démarche artistique / Objectifs et contexte

Danseuse professionnelle depuis le début des années quatre-vingt-dix, je suis depuis 2008 chorégraphe au sein de la compagnie Group Berthe établie à Nantes et propose régulièrement des spectacles à la croisée de plusieurs disciplines mais dont un des points communs est d'avoir lieu dans la rue.

La mise en scène de l'intime, de la place et du rôle de chacun et chacune dans nos sociétés contemporaines sont les problématiques essentielles de mon travail.

Mes spectacles ont lieu au cœur de l'espace public, dans l'échange de regards et d'expériences. Il n'est pas seulement question de donner à voir, mais de partager une expérience, un questionnement, le privé mis sur la place publique, tout cela dans une débauche d'énergie et de moyens d'expressions : le corps, la danse, la parole, le dialogue, la musique.

Investir l'espace public fait partie de mon travail. La rue, les places deviennent des scènes, décors ancrés dans la réalité permettant d' être au contact, dans l'échange pour interroger l'identité sexuée, la définition des genres. Danser à deux, à plusieurs, ensemble, en décalé, montrer, permuter, recommencer, inviter. Toujours les pieds sur terre, dans la vie, avec ardeur au milieu des gens.

Le projet « la marche thaï » prolonge ou déplace les questionnements caractérisant mon travail dans un pays que j'ai parcouru à plusieurs reprises et auquel je me sens attachée, assez pour avoir l'idée de toujours y revenir. C'est au retour de mon dernier séjour avec mes enfants en Thaïlande en février dernier que l'idée de la marche est apparue.

Il s'agit avec la Marche Thaï de proposer une déambulation chorégraphiée s'inspirant des danses traditionnelles folkloriques dans des lieux géographiques choisis.

Des habitants participeront à la chorégraphie menée par un groupe de danseurs professionnels français et thaïlandais. Les femmes et les filles seront à la tête de la déambulation, suivies d'un groupe de Lady boy et de Tom-boy. Un groupe d'hommes et de garçons fermera la marche.

En tant que chorégraphe, le travail consistera à s'approprier une danse traditionnelle à l'esthétique raffinée, à la gestuelle maîtrisée témoignant d'un rapport particulier au temps, et à la transposer dans le monde d'aujourd'hui.

Il me faudra intégrer cette danse, m'approcher au plus près de sa gestuelle et de sa pratique afin de transformer celle-ci et que ma propre expérience de danseuse contemporaine occidentale rende hommage aux traditions thaïlandaises, sachant à quel point les thaïs sont attachés à leur culture locale.

Il faut qu'il y ait une rencontre, que de cette rencontre naisse un mouvement et que ce mouvement soit rendu et partagé avec les habitants.

2 – État du projet : Acteurs, partenaires et bénéficiaires

Depuis février le projet avance. Le travail de documentation a commencé en France avec des lectures d'ouvrages consacrés à la danse traditionnelle (par ex."Danses et identités de Bombay à Tokyo" Edition : Centre National de la danse), et le visionnage de films documentaires.

La recherche sur la conception même de la marche chorégraphiée se construit. Elle s'articule autour de quelques idées directrices : la reconnaissance de la danse thaï païenne, de sa grâce et de sa beauté, l'humilité devant le geste de ces danses, l'envie d'en décaler les codes et de les transposer dans le monde d'aujourd'hui.

Il faudra utiliser le vocabulaire de la danse traditionnelle populaire afin de construire des chorégraphies compréhensibles, parce que reconnues, aux habitants des villes et des villages, tout en amenant une démarche propre et sensible, la marque de mon interprétation. Revoir les figures complexes et élaborées de la danse traditionnelle, les simplifier pour pouvoir les réinterpréter toujours de manière non provocatrice et aisée afin de donner à voir une danse transformée mais respectée.

Le travail chorégraphique et la restitution se feront en trois temps :

- Tout d'abord l'élaboration de la marche chorégraphique par des 12 danseurs et comédiens professionnels : six français et six thaïlandais . Ces douze danseurs participeront à la création commune sous ma direction chorégraphique.

- Cette création sera ensuite partagée et transmise par l'équipe franco-thaïlandaise aux habitants volontaires des villes et villages repérés, cette transmission sera réalisée sous forme de workshop en deux temps. Ces deux moments de rencontre seront nécessaires durant les deux jours précédant le défilé. Une danse sera assignée à chacun des groupes déjà cités (femmes et filles/Ladyboy et Tomboy/hommes et garçons), mais les hommes pourront se mettre à danser la danse féminine et les femmes la masculine.

- Enfin, des représentations gratuites dans l'espace public permettront de restituer cet ouvrage dans les territoires traversés. L'idée étant d'aller à la rencontre d'un public plus large et plus nombreux, il faudra profiter d'événements existants (marché hebdomadaire, fêtes de village, festival…) pour y greffer cette proposition artistique. Cette démarche cherche aussi à expérimenter et tester les limites de l’espace public en tant que lieu de vie et d’échanges, dans un royaume comme la Thaïlande où la rue est effervescence, en mutation perpétuelle. L’espace public participera à la création, on pourra jouer avec lui, le muer en le détournant de sa fonction première, le traverser en lui donnant un nouveau sens. En visant autant les espaces urbains que les territoires périurbains et ruraux.

3 - Localisation géographique :

Le choix du lieu de restitution s’est naturellement porté sur Chiang Mai et son district. En effet tous les facteurs y sont réunis pour la mise en place d’un tel projet : la connaissance géographique de la région de Chiang Mai d’une partie de l’équipe associée, la dimension de la ville à taille humaine mais en expansion et mutation, la richesse et la diversité culturelles et communautaires et enfin, la proximité et l’accessibilité d’un territoire périurbain et rural.

4- Les premiers soutiens et conseils :

La première étape, avant la définition précise du projet, consiste à multiplier les rendez-vous avec des personnalités et structures en France et en Thaïlande, dans le but de recueillir des avis, conseils et orientations afin de construire et renforcer cette démarche. Pour la réalisation concrète de ce projet, des contacts ont d’ores et déjà été établis tant en France qu’en Thaïlande :

Christophe Blache, logisticien et régisseur général au Centre National des Arts de la Rue L’Abattoir à Chalon/Saone (Festival « Chalon dans la Rue »), est un intermédiaire précieux, de part sa connaissance de la Thaïlande et de la région de Chiang Mai en particulier, mais aussi pour son expérience quant à la mise en œuvre de proposition artistique dans l’espace public et de projet à l’international.

Vanessa Silvy, Attachée culturelle au Service de Coopéraion et d’Action Culturelle, Ambassade de France à Bangkok : après un premier entretien téléphonique en août 2016, nous avons pris rendez-vous en janvier 2017 à Bangkok pour lui présenter le projet.

* Dominique David, Chargée de mission Europe et International, à la Direction générale à la culture, ville de Nantes

* Amandine Rocheteau, Chargée de mission danse, à la Direction générale à la culture, ville de Nantes

* Pedro Garcia, Directeur de l’Abattoir, CNAR à Chalon sur Saone (71)

* Mathieu Maisonneuve, Directeur de l’Usine, CNAR à Tournefeuille (31)

5 - Planification du projet

Les 2 premières étapes du projet s’inscrivent dans une démarche de recherche. Les 2 étapes suivantes sont consacrées à la création de l’œuvre et sa diffusion.

ETAPE 1 / Janvier 2017 - Prise de connaissance et Repérages / 20 jours

Une première résidence sur place est indispensable à l'avancée du projet. Cette première étape sera autoproduite par la compagnie.

Si le travail de documentation a commencé en France, il doit être enrichi par un contact avec les sources du pays. Cette résidence peut être décomposée en plusieurs temps :

- un temps de rencontre et de diagnostic avec les institutions, partenaires et professionnels potentiellement concernés par le projet.

- un temps de prise de connaissance des danses traditionnelles thaïlandaises. Il me faut aller au contact des danses traditionnelles, les pratiquer avec des experts qui sauront aussi me les raconter et définir.

- un temps de repérages géographiques : il faut trouver des lieux, des quartiers des villages, se familiariser avec les temps sociaux des régions traversées par la marche chorégraphiée. - un temps de recherche d'une structure locale partenaire pour un appui administratif et logistique sur place.

(En France / Février à septembre 2017 :

- Finalisation du dossier de présentation du projet et recherche de financements - Approfondissement des connaissances concernant : le contexte professionnel, les matières artistiques, la culture alternative et populaire, les aspects logistique/administratif/réglementaire

- Prise de contact avec les communautés thaïlandaises en France

- Planification technique et logistique, …)

ETAPE 2 / NOVEMBRE-DECEMBRE 2017 - RESIDENCE DE RECHERCHE – 45 JOURS

Dans la continuité de la première étape, une résidence de recherche d’une durée de 45 jours est prévue en novembre et décembre 2017 en Thailande, avec les objectifs suivant :

- Apprentissage des danses traditionnelles thaï

- Recherches artistiques pour la création

- Recueil de sons et musique en vue de la création de la bande son du défilé

- Recrutement des danseurs thaïlandais

- Démarrage d’une collaboration et travail de recherche avec les danseurs thai

- Repérage, étude et définition des lieux de représentations pour la préparation logistique et technique de la tournée 2018

ETAPE 3 / Février-Mars 2018 - Création et diffusion en Thailande

(En France / Décembre 2017 à février 2018 :

- Transmission du travail amorcé lors de la précédente étape de travail aux interprètes français

- Préparation et mise en œuvre logistique et administrative de la prochaine étape de création et diffusion en Thaïlande, …)

- Arrivée de toute l’équipe des 6 danseurs français en Thaïlande

- Achèvement de la création avant le début de la tournée avec tous les danseurs français et thaïlandais (10 jours), et représentation dans un quartier de Chiang Mai pour la première officielle.

- Repérages, élaboration des demandes d’utilisation des lieux, préparation technique et logistique de la tournée, information/communication aux riverains et habitants concernés - 5 représentations et workshop dans les villes et villages partenaires (20 jours) :

Planning estimatif des représentations de l’étape N°3 sur la base de 5 lieux de représentation :

Jour N°1 Trajet  Jour N°11 Workshop2
Jour N°2 Workshop1 Jour N°12 Représentation
Jour N°3 Workshop2 Jour N°13 Trajet
Jour N°4 Représentation  Jour N°14 Workshop1
Jour N°5 Trajet  Jour N°15 Workshop2
Jour N°6 Workshop1 Jour N°16 Représentation
Jour N°7 Workshop2 Jour N°17 Trajet
Jour N°8 Représentation Jour N°18 Workshop1
Jour N°9 Trajet Jour N°19 Workshop2
Jour N°10 Workshop1 Jour N°20 Représentation

Etape 4 / 2018-2019-2020 Diffusion

Tournée en France et Europe de la marche Thaï :

- Prospection à partir de septembre 2017

- Diffusion à partir de mars 2019

6 – Conclusion :

Il est difficile, voire impossible de se former de loin à la danse Thaï.

C’est donc sur place, par le corps et ses codes spécifiques que je veux entrer profondément dans la culture Thaïlandaise.

Il me paraît noble, riche et très excitant de m’immerger dans l’apprentissage de cette gestuelle et de ses significations. Construire et partager cela ensuite avec des danseurs soit, traditionnels, soit de danse contemporaine Thaï m’intéresse au plus au point.

C’est avec eux que je pourrai déconstruire, puis reconstruire une nouvelle danse, sans avoir peur, et ne commettre aucune maladresse.

Prendre des contacts dans les cours de danses, les compagnies et ballets.

Me former, déformer, et faire entrer ma folie, mon point de vue, mon décadrage.

Une notion fondamentale accompagne et définit ce projet : l'idée de jauger et d'expérimenter dans l’espace public de ce pays.

Sur place, dehors, être présente dans la rue, être proche des passants, des habitants, des travailleurs.

Nous partagerons un espace emprunté quotidiennement, et j’aimerais dérouter les habitudes et les regards, provoquer les questionnements.

Réutiliser des espaces, et les détourner de leurs fonctions initiales.

J’aimerais recueillir aussi des sons de vie , de ville, des musiques traditionnelles, des morceaux de variétés, des tubes actuels.

Puis les retravailler et les inclure dans la bande son qui nous accompagnera ensuite dans le défilé.

Voilà…

La perspective de me plonger intégralement, par le travail de recherches dans cette culture, avec les outils que j’ai et mon expérience de la danse et de l’espace public m’émeut.

Je souhaite vivement mener à bien ce projet qui me tient tant à cœur… 

Contacts:

Anne Gegu 

Chargée de production Projet Marche Thaï 

06 11 17 63 85 Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 

Christophe Blache 

Régisseur Projet Marche Thaï 06 07 72 63 56 Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.